mardi 6 décembre 2005

ami...

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Nat a dit…

A supposer que l'on puisse imaginer la mort de quelqu'un qu'on aime, personne ne pouvait s'attendre à celle de Yann. Certaines disparitions, tout aussi violentes que celle qui nous touche aujourd'hui et pour longtemps encore, sont parfois moins suprenantes lorsqu'elles surgissent dans le désespoir.
Mais le paradoxe, c'est que le désespoir de Yann était d'être dans la vie, le plus possible, le plus vite, le plus intense, le plus haut, le plus loin, le plut tout. Il ne voulait pas prendre le temps d'ouvrir certaines portes car elles présentaient pour lui un risque majeur : celui de ralentir, et peut être même de s'arrêter.
je l'ai vu déambuler dans un village estival sous le prétexte fallacieux d'être en vacances, pour le retrouver 2 secondes plus tard, assis sur une marche dans la rue, l'ordinateur sur les genoux et le téléphone à l'oreille. Cette dynamique le rendait parfois fatiguant mais jamais ennuyeux.
Cette vitalité, il la tirait aussi et bien sûr de la musique. Il l'aimait et elle le lui rendait bien. Je ne me souviens pas l'avoir vu sans en écouter.
Non, il ne peut pas s'arrrêter. Il court, il chronique, il écoute, il danse, il festoie, il aime, il écrit, il a des idées, tout le temps, même quand il dort. Il est Mr Yann Quélennec, Yann, Yanou, Y2Mars, Kaizer Sauzé. Il est à Barcelone, à Londres, à Berlin, à Détroit. Et même à Palavas les Flots. Il est à l'affût et rarement en vacances. Il téléphone en italien, interviewe en anglais et sculpte son français : un poisson dans l'eau. Il travaille : tout va bien. Il se moque de lui pour anticiper les railleries et les conseils biens avisés, ou bien les assume avec une naïveté désarmante et parfois une mauvaise foi évidente. Il semble étranger à toute culpabilité, cette couche poisseuse qui nous colle tous plus ou moins à la peau, et ne laisse aucune place pour le désespoir, désolé, il n'a pas que ça à faire.
Il a le sens du devoir et de la famille, même quand ce n'est pas à proprement parler la sienne.
C'était un épicurien et un dépensier. C'était une tornade et un soleil, et l'imparfait nous fait crever de froid.
Merci pour ce que tu nous a donné, à Jade et moi. Merci pour ce temps.
Tu me manques.
A bientôt.
nat